OCE 2015

OBSERVATOIRE DE LA CONTINUITÉ ÉCOLOGIQUE et des usages de l'eau


Doutes sur l’expertise scientifique de l’ONEMA: l’exemple des anguilles et de la mortalité en turbine

Tests statistiques qui auraient dû conduire au rejet des hypothèses, fonctions à paramétrage semi-empirique qui décrivent mal la réalité, extrapolation indues de travaux de moyennes chutes à tous les sites de basses chutes… c

Ce n’est pas toujours robuste, voire fiable, quand on commence à regarder le détail des publications de l’ONEMA.

Andreas Rick analyse quelques erreurs, selon lui manifestes, observées dans les référentiels censés appuyer des politiques publiques et éclairer des décisions juridiques.

Nous reproduisons son article ci-dessous.    PDF ici:  Mortalité des anguilles dans les turbines 

L’ONEMA est «l’organisme technique français de référence sur la connaissance et la surveillance de l’état des eaux et sur le fonctionnement des milieux aquatiques ». L’ONEMA édite des publications dites scientifiques, et des documents plus orientés vers le grand public et les organismes d’état, pour les guider dans leurs décisions.

Ainsi l’ONEMA a publié:

  • « Protocole ICE (Informations sur la Continuité Ecologique. Evaluer le franchissement des obstacles par les poissons. Principes et méthodes

          http://www.onema.fr/IMG/pdf/CPA-ICE-integralite-juillet2014.pdf

  • « Référentiels Milieux Aquatiques Document d’Incidence (RefMADI) »

           http://www.onema.fr/refmadi

Pour illustrer, prenons le RefMADI intitulé : «Démarche diagnostic dévalaison ouvrage». Démarche diagnostic franchissabilité à la dévalaison de l’Anguille à l’échelle de l’ouvrage. Application aux aménagements hydroélectriques. »

Ce document est particulièrement intéressant à l’heure actuelle, car beaucoup de rivières sont classées pour être axe migratoire pour l’anguille. Des dépenses très importantes ont déjà été réalisées et d’autres tout aussi conséquentes seront réclamées sur la base des diagnostics RefMADI.

Ce qui nous intéresse ici en priorité ce sont les conclusions pour les petits seuils de moulins que nous trouvons majoritairement dans nos rivières.

Voici un aperçu du résumé :

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La stratégie est donc d’évaluer les impacts selon les étapes suivantes :

1)  l’estimation de la répartition des passages des anguilles au niveau de la prise d’eau,

2)  l’évaluation des dommages subis par le flux migrant transitant par les turbines.

Comme les bons « scientifiques » s’y obligent, l’ONEMA donne des références pour apppuyer ses conclusions:

[A] Voegtle B et Larinier M, 2008. Définition d’une stratégie de restauration de l’axe de migration pour l’anguille – Cours d’eau du Gave de Pau. Rapport MIDIVAL-ECOGEA-GHAAPPE RA08.02. http://www.documentation.eaufrance.fr/notice/definition-d-une-strategie-de-restauration-de-l-axe-de-migration-pour-l-anguille-cours-d-eau-du-gave1

[B] GOMES P., LARINIER M., 2008. Dommages subis par les anguilles lors de leur passage au travers des turbines Kaplan. Établissement  de formules prédictives. Rapport GHAAPPE RA 08.05, 75 p.

Voyons donc ce que ces articles nous apportent dans le RefMADI.

L’article [A] nous donne une formule pour estimer le taux d’échappement au niveau de chaque aménagement. Ce taux « E » est la probabilité de survie en franchissant un ouvrage équipé de turbines :

E = 100 x ((1 –Qt/2Qm) + (1-M) . (Qt/2Qm))      où :

E : taux d’échappement (en %)

Qt : débit d’équipement (m3/s)

Qm : module interannuel (m3/s)

M : part de mortalité lors du passage par les turbines

Ce modèle suppose que les anguilles sont équitablement distribuées dans l’eau et dévalent en moyenne pendant la période du double du module. Les seuls paramètres sur lesquels on peut travailler sont le débit d´équipement et le mortalité « M » (voir section suivante). Par contre, cette formule n’est pas fonction des paramètres sur lesquelles l’ONEMA entend faire pression : l’entraxe des barreaux des grilles et des exutoires ichtyocompatibles. 

Ce qui est utilisé dans le RefMADI est issu de la publication suivante : « Behaviour and passage of European silver eels (Anguilla anguilla) at a small hydropower plant during their downstream migration F. Travade (1) , M. Larinier (2) , S. Subra (1) , P. Gomes (2) , E. De-Oliveira (1) »

Cette publication décrit une étude qui a été fait sur le Gave de Pau en suivant 116 anguilles avec radio télémétrie pendant 3 ans. Cette fois-ci la formule donnée pour le taux de poissons qui échappe au turbinage est :

P = exp( η )/(1 + exp( η )) où : η = − 6.89 + 4.28 (Q spill /Q tot) + 0.0091 TL.

et les auteurs donnent même une évaluation de la validité statistique de leur formule : A chi-square test (chi-square = 8.38 with 6 degrees of freedom, p = 0.211) shows that with a condence level of 90%, there is no reason to reject the model’s goodness of t, since the probability is greater than or equal to 0.10.

Pour ceux qui ne connaissent pas trop les statistiques : le test « khi-deux» donne la probabilité de se tromper quand on affirme qu’une formule décrit bien la distribution de probabilité para rapport à une hypothèse nulle (de distribution aléatoire). Ici, les auteurs ont trouvé que l’erreur de se tromper est de 21% (p=0,211) et concluent que cela n’est pas une raison de rejeter le modèle au motif qu’elle serait supérieure à 10%. C’est le monde à l’envers ! Pourquoi ne pas utiliser une formule encore plus aléatoire conduisant à une probabilité de se tromper proche de 100% ? En fait, une hypothèse d’explication au p>0,05 doit être rejetée comme non significative, et non somme ici à p>0,20. Apparemment, l’auteur de l’ONEMA n’a pas compris ce test. Une erreur de ce type est regrettable pour un chercheur mais il est plus grave encore qu’elle se retrouve publiée dans journal « scientifique ».

Comment une erreur aussi frappante a pu échapper au comité de relecture du journal ? Regardons d’un peu plus près: « Knowledge and Management of Aquatic Ecosystems (2010) 398, 01 » Il s’agit d’une publication de l’ONEMA. http://www.onema.fr/IMG/EV/cat7a-institutional-publications.html

Editor-in-Chief : Daniel Gerdeaux. Scientific Board : M. Larinier, Toulouse, France

Un des auteurs est lui-même dans le comité de revue. En réalité, l’article n’a pas dû été relu, sinon ces erreurs auraient été détectées.

Revenons sur la formule de la probabilité d’échappement des anguilles. Non seulement le test khi-deux la rejette, mais l’analyse par le simple bon sens détecte des problèmes. On peut voir ci-dessous les graphiques de la probabilité d’échappement en fonction du pourcentage qui n’est pas turbiné, pour 3 tailles d’anguilles. Le problème, avec la formule choisie, est que les courbes ne passent pas par les points (0,0) et (1,1). La formule prédit donc qu’il y a des anguilles qui passent par la turbine, alors que la turbine n’est pas en fonction car la totalité du débit passe par le seuil (Q spill /Q tot = 1).  Elle prédit également que >80% des anguilles de longueur de 1000 mm s’échappent par la digue alors que la totalité du débit passe par la  turbine ! Pour le moins curieux.

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Ensuite, dans le RefMADI, l’ONEMA utilise ces formules pour comparer le taux d’échappement en fonction de l’entraxe des barreaux des grilles. A cause de leur

mauvais choix de fonction, la courbe d’échappement des anguilles pour des centrales équipées de grilles fines  passe en dessous de celle des sites avec des grilles aux barreaux plus espacés. En conséquence, si l’on s’en tient littéralement à ces « preuves », il faudrait enlever les grilles fines pour les moulins qui ne turbinent qu’une petite partie du module.

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L’évaluation des dommages subis par le flux migrant transitant par les turbines

L’article [B] nous donne des formules prédictives pour des turbines Kaplan qui est issu d’une méta-étude de plusieurs publications sur 24 sites et 71 essais au total.

Voici un extrait : « trois expressions mathématiques ont été établies à partir des essais effectués à ouverture supérieure à 70% et en  s’appuyant  uniquement  sur  des  données  facilement  accessibles.  Ces  expressions  permettent  d’obtenir  l’ordre  de  grandeur de la mortalité (M) en fonction de :

-la taille de l’anguille (TL),

-du diamètre de la roue (Dr),

-du débit nominal (Q)

-et de la vitesse de rotation de la turbine (N) ». 

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Ce qui est intéressant, ce sont les conclusions : « Le fait que ni le nombre de pales, ni la hauteur de chute n’interviennent dans les formules prédictives, s’explique par le nombre limité de tests et surtout l’absence de données pour certaines architectures de turbines Kaplan. La majorité des turbines testées sont à 4 pales, celles à 3 et 5 pales ou plus étant très limitées. On a d’autre part une sous-représentation des turbines de puissances inférieures à 500 kW fonctionnant sous très basses chutes (< 3-4 m) ainsi  que des grosses turbines de 10 à 50 MW à débits supérieurs à 150 m3/s fonctionnant sous 10 à 20 m de chute ».

L’étude sur laquelle se base le RefMADI ne permet donc pas de conclure sur des sites:

-de très basses chutes (< 3-4 m),

-d’une puissance inférieure à 500 kW,

-turbinant des débits relativement faibles, bien inférieurs à 15-20 m3/s.

Combien de moulins sur les rivières classés « anguilles » ont des chutes supérieures à 4m, une puissance supérieure à 500kW et un débit turbiné >20m³/s ? Une poignée ! A part pour quelques grands sites de production hydroélectrique, la formule Onema n’est donc pas applicable.

Le bât blesse, car l’ONEMA utilise sa méthode pour justifier la « mise en conformité » des sites pour lesquels la formule est inadaptée.

Si on trace les données de mortalité qui ont servi dans l’étude [B] en fonction de la hauteur de chute on obtient une corrélation nette :

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Le résultat est conforme à ce que l’on pouvait attendre : la mortalité diminue avec la chute. Et pour des très basses chutes, la mortalité tend vers zéro.

Utiliser des formules qui ne font pas intervenir la hauteur de chute et extrapoler au doigt mouillé les données pour les appliquer aux basses chutes nous apparaît totalement dénué de sens.

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Division des cours d’eau pour multiplier les rivières sauvages

Nous avons eu l’occasion d’évoquer la supercherie du label « rivières sauvages ».

Pour pérenniser les budgets et les financements de l’ONG, il semble que les +/- 500 rivières et fleuves ne soient pas suffisants. 

Les concepteurs ont eu l’idée (ils sont réunis aujourd’hui à Lyon), de diviser les cours d’eau en tronçons. C’est très habile, car entre chaque barrage, ils vont pouvoir par hypothèse, décerner le label  « rivières sauvages ». Ce label,  c’est plus du greenwashing que de l’environnement.

La grille actuelle, estimée à l’usage trop contraignante, risquait de tarir le label. Financièrement, c’est préjudiciable car il s’agit d’abord d’un outil pour lever des fonds.

En maintenant les mêmes indicateurs, le premier remède consiste à tronçonner les cours d’eau pour continuer à alimenter le label.

Ainsi, pour environ 500 fleuves et rivières, grâce aux seuils et aux barrages, le label pourrait escompter 2000 candidats potentiels.

 

http://www.rivieres-sauvages.fr/2015/05/07/11-mai-2015-workshop-grandes-rivieres-sauvages/

« Lundi 11 mai à Lyon, le Conseil Scientifique du projet Rivières Sauvages organise une journée de workshop sur les Grandes Rivières.

Il existe en France un certain nombre de tronçons de grandes rivières qui mériteraient la reconnaissance d’un état de « sauvagitude », sous la forme d’un label de même type que celui décerné aux cours d’eau plus petits.

Or il semble qu’a priori la grille actuelle élaborée pour les petits et moyens cours d’eau soit trop contraignante pour permettre de classer en « site rivière sauvage » des tronçons de grandes rivières.

NB : Une grande rivière est définie comme étant :
– un cours d’eau dont la largeur moyenne à pleins bords est supérieure ou égale à 50 m pour rivières à chenal unique et à 350 m pour les rivières en tresses.
– ou un cours d’eau de rang de Strahler supérieur ou égal à 6

Les candidats actuels sont : l’Ain aval, le Doubs aval, l’Allier aval, la Loire de Bourbon Lancy au Bec d’Allier, la Moselle entre Griport et Bayon, les Gorges de l’Ardèche et la Dordogne Lotoise et Périgourdine ».


Définition juridique des cours d’eau : de jurisprudence en dérapages, enfin, le statut se précise.

La définition des cours d’eau non domaniaux n’a jamais été claire et nette. Elle fut assise sur une jurisprudence prétorienne. Ce droit coutumier fut repris et confirmé par les magistrats au fil des siècles.

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 La loi du 3 janvier 1992 sur l’eau a traité une approche globale des incidences sur l’eau et les milieux aquatiques. Les cours d’eau n’ont pas, là non plus, été définis par le législateur dans  la diversité des situations contrastées que l’on peut rencontrer sur le territoire français. Rien d’étonnant  que des spécifications vagues ouvrent les portes à diverses interprétations.           PDF ici:    cours d’eau_définition

 Le titre de la circulaire du 02/03/2005 illustre encore le flou juridique puisqu’elle évoque « la notion de cours d’eau ». Cette définition imprécise peut s’expliquer par le manque de besoin et d’enjeux en termes de contentieux judicaires. Peut-être aussi par une mémoire encore très récente de tout ce que l’Administration a infligé aux cours d’eau lors des travaux connexes aux remembrements: calibrage, rectification, création de profonds fossés, curage immodéré à seule fin d’augmenter la facture (qui alimentait une prime proportionnelle à la DDA), enfouissement, busage, comblement des bras réputés inutiles…une perte de biodiversité irréversible. Peut-être enfin parce que la jurisprudence forgée au bon sens apportait les réponses aux problèmes rencontrés ?

 Les cours d’eau après la LEMA 2006

Cette relative vacuité dans la définition du cours d’eau allait être comblée par une vision dogmatique.  Nous avons été témoin avec stupéfaction d’un changement radical : une frénésie s’est emparée de tous les services disposant de technicien « eau ». Avec un zèle exacerbé lors des inventaires, le moindre fossé jusqu’à la petite rigole équipée d’une grenouille étaient érigés au grade de « cours d’eau ». Nonobstant tout droit coutumier, faisant fi des usages locaux, strictement dénués de bon sens, ces inventaires exhaustifs ont provoqué l’ire de tous les usagers et riverains de ces nouveaux « cours d’eau ».

Et depuis le 30/12/2006, le rouleau compresseur administratif, fort de ces classements, a instruit à charge des dossiers de demande d’autorisation, de déclaration de travaux. Le pétitionnaire a essuyé des refus administratifs pour des opérations qui étaient subventionnées encore peu de temps avant.

Et l’ONEMA a multiplié les procès-verbaux.

Et les Préfets ont signé aveuglément nombre d’arrêtés préfectoraux qui ont dû faire l’objet de recours contentieux au TA (tribunal administratif).

La DDT ne reconnaissant jamais ses « erreurs manifestes d’appréciation », les requérants condamnés arbitrairement sont contraints de saisir, avec le concours d’un avocat, les Cours administratives d’appel.  Soulignons combien cet engorgement souvent déploré des juridictions trouve naissance pour une bonne part, dans des règles, normes, contraintes et interprétations illégitimes.

 A titre d’exemple, le TA de Dijon (25/11/2014) a rendu jugement en faveur d’un requérant qui contestait une décision du Préfet. Le différend portait précisément sur l’appellation d’un fossé en « cours d’eau ». Celui-ci devait alimenter un plan d’eau qu’il envisageait de créer. A ce titre, le plan d’eau ne pouvait pas être créé sans cours d’eau de contournement. Le TA a requalifié le prétendu « cours d’eau » en fossé, donnant raison au pétitionnaire.

 L’enjeu est de poids : la qualification de « cours d’eau » qui traverse une propriété, qui alimente un moulin ou un étang implique des contraintes vis-à-vis du Code de l’environnement. Ce point n’avait pas échappé aux auteurs des inventaires initiaux qui entendaient peser, par leur lecture personnelle déviante, sur tous les ouvrages historiques et dissuader les aménagements futurs. En l’espèce, tel fut bien le cas.

 Les témoignages d’interprétations libres et dogmatiques des DDT feignant d’ignorer la jurisprudence constante et les droits des usagers sont nombreux. Cependant, contrairement aux objectifs, cette « mauvaise intelligence » suscita le défaut de gestion et d’entretien des ouvrages. Depuis quelques années, les propriétaires d’ouvrages et riverains pèsent les enjeux. Dans un plateau de la balance : du temps et des frais à engager sanctionnés par des lettres recommandées assorties de menaces de PV ; dans l’autre : mutisme et inertie totales.

Le choix est souvent vite fait !

 21 avril 2015 : des précisions de Ségolène Royal

 Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie a annoncé le 21 avril 2015, qu’elle enverrait aux préfets l’instruction de cartographier les cours d’eau. Cette nouvelle cartographie repose sur une définition votée en première lecture du projet de loi Biodiversité à l’Assemblée nationale, et qui devrait probablement être adoptée.

 Trois critères cumulatifs obligatoires définissent le cours d’eau:

1) il doit comporter un lit naturel à l’origine,

2) il doit être alimenté par une source,

3) il doit posséder un débit suffisant la majeure partie de l’année.

Cette définition, issue de la jurisprudence (Conseil d’Etat) scelle, nous le souhaitons, le retour au bon sens.

Il est aussi prévu que dans chaque département, une charte d’entretien des cours d’eau soit élaborée.

 Enfin, une autre charte à rédiger concernera le « contrôleur-contrôlé ». Elle devrait permettre plus de discernement et de mesure dans les contrôles. En cas d’absence du riverain, il recevra un récépissé de visite. Pour respecter les droits de la défense mais surtout pour la rigueur et garantir l’impartialité du contrôle, il eût été plus simple de prévoir un contrôle contradictoire. Si les attendus du récépissé sont farfelus, partiaux ou erronés –ce qui n’est pas rare-, le riverain sera encore contraint au recours judicaire.

 Vigilance, mère de vertu

 L’administration aurait jusqu’au 15 décembre 2015 pour réaliser cette cartographie ou l’adapter quand elle existe déjà. Ce délai nous semble bien court.

 1) Vigilance sur le terrain

a) il serait indispensable que les associations se mobilisent pour participer à l’actualisation de ce nouvel inventaire qui doit correspondre aux trois critères énoncés ci-dessus et à la réalité du terrain.

fossé 01

 b) rappelons à ce sujet qu’un examen estival est seul crédible pour lever les doutes sur le caractère saisonnier de l’émissaire. En période pluvieuse, il y aura de l’eau dans les rigoles et fossés puisque leur fonction consiste précisément à recueillir l’eau de ruissellement,

c) rappels des points non contestés, par exemple :

-un simple filet d’eau ne permet pas de caractériser un cours d’eau,

-un canal d’irrigation, un bief creusé de la main de l’homme pour alimenter un moulin ne sont pas considérés comme cours d’eau non domanial.

d) s’affranchir fermement des concepts imaginés après 2006 sur l’hypothétique vie biologique qui permettait de classer la moindre rigole. Les espèces ont la capacité de se déplacer vers un biotope favorable.c) le problème des atterrissements (art L. 215-14 du CE) nous a toujours interpellé. Le propriétaire riverain est tenu à un entretien régulier du cours d’eau qui a pour objet, entre autres, l’enlèvement des atterrissements. Il a donc une obligation d’entretien. Mais s’il ne l’assume pas, il n’y a pas de sanctions pénales.

L’art L 215-2 stipule que « chaque riverain a le droit de prendre tous les produits naturels et d’en extraire du sable et des pierres »  mais  de manière « modérée, localisée et non systématique » et l’ONEMA d’ajouter « avec interdiction implicite d’utiliser tout engin mécanique incompatible avec la contribution au bon état écologique ». Si le riverain se décide et si les travaux sont en Ariège, c’est simple…mais en Savoie, tout se complique. Même les « mesures compensatoires » (pourtant hors sujet) sont évoquées. Une procédure dissuasive alors que l’ONEMA précise « le risque est que le riverain n’entretienne pas du tout le cours d’eau ».    

Entre

  • la jurisprudence issue de l’usage (extraction historique de pierres et de sable),
  • le dogme actuel où les sédiments sont un réel tabou (l’hydromorphologie)
  • les pratiques agricoles favorisant l’érosion de dizaines de tonnes/ha/an (générant une surcharge qui se retrouve dans les estuaires)
  • une procédure administrative lourde au titre de l’art L.215-14 du CE,

           nous nous garderons bien de nous prononcer sur ce concentré de contradictions.  

 2) Vigilance technique au moment de l’élaboration d’une charte d’entretien des cours d’eau

a) qualifier d’obsolètes tous les guides récents sur l’entretien des cours d’eau, peu robustes qui colportent une approche plus doctrinale que technique

guide approximatif

 L’ONEMA s’autorise un avis sur des atterrissements dans une prairie, sous-entendu « la rigole qui les a conduit est un ruisseau »

b) insister sur une approche professionnelle faisant appel à des techniques éprouvées au lieu « d’expérimentations » et de prescriptions dispendieuses,

c) inclure un glossaire sérieux qui évitera les spéculations grotesques et appellations locales, tel ce ruissellement temporaire qui devient un « cours d’eau dispersé ».

cours d'eau dispersé

 3) Vigilance « administrative » et juridique

a) Le Ministère semble imaginer mettre en place une grille régionale multicritères d’identification des cours d’eau. Si tel est le cas, cela n’est pas admissible : d’une part la jurisprudence est nationale, d’autre part une multitude d’exceptions, de cas particuliers modulables et de régimes dérogatoires nous replaceraient à coup sûr dans la situation arbitraire de ces dernières années.

 

P1100570Pour caractériser ce cours d’eau, qui « doit posséder un débit suffisant la majeure partie de l’année… » il peut être ajouté: « hors cours d’eau à régime torrentiel du sud de la France »

b) Rédiger un imprimé national pour chaque dossier à déposer au Préfet. Chaque DDT rédige son propre imprimé tant et si bien que des disparités existent. Un bureau d’études qui intervient sur plusieurs départements est toujours à la recherche du bon formulaire.

c) Sans examen sur le terrain, les analyses cartographiques sont notoirement insuffisantes et absolument pas probantes. Le cadastre –qui est un document fiscal, non technique– ne fait pas foi. Il peut faire apparaître des fossés (c’est fréquent depuis le remembrement) et ne pas mentionner un cours d’eau qui ne formerait pas limite séparative de parcelles cadastrales. Les précieux indices des cartes IGN, ne peuvent en aucun cas être des preuves irréfutables. Elles font apparaître le réseau hydrographique, indistinctement du statut juridique du cours d’eau.

d) Le respect des droits des tiers : un inventaire unilatéral est-il opposable aux tiers ? Ne serait-ce pas élémentaire qu’un avant-projet soit proposé un mois ou deux avant la finalisation du dossier ? Qu’un arbitre avec pouvoir d’amiable compositeur soit prévu pour trancher les divergences de vues ? L’inconvénient mineur serait de repousser l’échéance de fin 2015. L’avantage majeur serait le respect du contradictoire qui permet d’éviter bien des contentieux ultérieurs.

e) Une charte s’impose-t-elle aux acteurs qui n’auraient pas été conviés à son élaboration et qui ne l’auraient pas signée?

  Conclusion

Depuis 15 ans, l’administration en charge de l’eau tend à produire des textes inapplicables car manquant totalement de réalisme sur les moyens humains et financiers de mise en œuvre ainsi que sur les conséquences économiques des nouvelles normes à délai d’application souvent très court. Cette administration se plaît aussi, en l’absence d’une acceptation démocratique digne de ce nom, à accroître sans fin la complexité et l’opacité de la réglementation, favorisant l’arbitraire dans son interprétation locale par les services instructeurs de l’Etat.

La qualification de cours d’eau et les règles d’entretien y afférentes illustraient ces dérives.

Cette décision de Ségolène Royal est donc une bonne nouvelle.

Nous souhaitons cependant que les environnementalistes ne soient pas les seuls à marteler leur docte point de vue. Nous attirons l’attention des associations et syndicats non consultés à ce jour: qu’ils proposent leur inventaire, même partiel, et qu’ils s’invitent à la table s’ils ont été oubliés.

Il est en effet inadmissible que tous les usagers peu bruyants (associations et syndicats de moulins, d’étangs, de riverains…) ne soient jamais associés aux sujets qui les concernent sur un linéaire de plusieurs milliers de kilomètres et sur 450 000 ha d’étangs puis qu’ils apprennent, toujours a posteriori, ce que l’Administration entend leur imposer.

La méthodologie de cartographie des cours d’eau et le contenu de la charte d’entretien devront faire l’objet de toute leur attention dans les prochains mois.


Barrages sur la Sélune : du dogme aux doutes

Nous avons souvent constaté que la valeur d’exemple de la destruction de tel seuil ou barrage, de la réduction de la consistance légale d’un droit d’eau pour le détournement d’eau d’irrigation, revêtait un poids particulier pour tenter de justifier les arasements suivants.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer cette faiblesse argumentaire qui occulte le volet socio-économique du territoire.

Exemple sur la Sélune: dans un plateau de la balance, l’assurance de très grosses dépenses et la certitude d’un important manque à gagner.

Sur l’autre plateau, l’hypothétique enjeu de la restauration des habitats et frayères détruits par l’emprise des barrages.

Une équation fragile qui convainc de moins en moins d’élus.

 

Nous reproduisons ci-dessous un article de Ouest-France.

logo_ouest France

http://www.ouest-france.fr/larasement-du-50/50-selon-guenhael-huet-3363869

Barrages du Sud-Manche. L’arasement ? Du 50/50 selon Guénhaël Huet

Manche – 28 Avril 2015

sélune_photoLe député de la Manche Guénhaël Huet souhaite continuer à défendre les barrages du Sud-Manche contre leurs arasements.

Des experts du ministère de l’Écologie présentaient lundi aux élus une étude sur le devenir des barrages du Sud-Manche. Pour le député local, l’arasement perd du terrain.

« Il y a quelques mois, l’arasement des barrages de Vezins et de La Roche-qui-boit avait toutes les vertus. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, il n’y a pas de solutions qui s’imposent », se félicite Guénhaël Huet, le député de la Manche.

Au cours de la réunion à la préfecture de la Manche, les experts ont présenté les avantages et les inconvénients de l’arasement, mais également du maintien des deux édifices. L’étude qui a duré trois mois ne semble pas les départager selon l’élu local.

Pour continuer à défendre la cause des barrages, il rencontrera bientôt Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, et appelle « tous les défenseurs des barrages à continuer de se mobiliser ».

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Continuité écologique : une poignée de penseurs

Face à l’avènement de l’écologie dogmatique, cela se confirme et nous nous en faisons l’écho régulièrement, les pêcheurs de terrain ont du bon sens… comme tous ceux qui vivent et travaillent sur le terrain d’ailleurs.

Ce qu’ils veulent ? Une eau de qualité en quantité suffisante. C’est bien ce que les différents acteurs réclament aussi. Mais ils sont « particulièrement inquiets face aux évolutions de la gouvernance environnementale de l’Etat » car ils déplorent que les préceptes officiels ne leurs garantissent pas plus d’eau…et que sa qualité ne s’améliore qu’à la marge, voire continue à se dégrader dans bien des endroits.

Nombre d’entre eux ont bien compris que quelque chose ne tourne pas rond depuis la LEMA 2006 : « nous sommes face à une poignée de penseurs qui voudraient effacer des barrages construits pour la plupart depuis des siècles ». 

Quant aux nombreuses études redondantes qui ne débouchent sur pas grand-chose et qui ne servent à rien, nous ne voyons vraiment pas du tout, à l’OCE, à quoi Francis Bailly pourrait faire allusion.

Nous reproduisons ci-dessous un article de la Nouvelle République : http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Communes/Ligug%C3%A9/n/Contenus/Articles/2015/04/05/La-peche-n-est-pas-un-long-fleuve-tranquille-2283821    

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Vienne – Ligugé – Loisirs La pêche n’est pas un long fleuve tranquille 05/04/2015 francis bailly 86

Le patron de la pêche départementale est plutôt du genre à se mouiller. Francis Bailly aime lancer des pavés dans la mare tout en se gardant de pousser le bouchon trop loin. « Aujourd’hui, la pêche n’est pas un long fleuve tranquille, a déclaré le président de Fédération 86, hier, lors de l’assemblée générale à Ligugé. Nous sommes particulièrement inquiets face aux évolutions de la gouvernance environnementale de l’État. »

«  Nous sommes face à une poignée de penseurs  »

« Il y a tellement d’acteurs qui interviennent qu’on finit par avoir du mal, malgré l’expérience, à savoir qui fait quoi. Il y a beaucoup d’études qui ne débouchent sur pas grand-chose et tant de doublons qui ne servent à rien. Il y a un grand ménage à faire. C’est difficile d’avoir une place dans ce système. Toute notre attention reste portée sur la qualité et la quantité d’eau. Ce sont deux éléments primordiaux pour avoir des pêcheurs au bord des rivières. Le devenir des ouvrages sur le Clain et autres cours d’eau va focaliser notre attention. Nous sommes face à une poignée de penseurs qui voudraient effacer des barrages construits pour la plupart depuis des siècles. » Pourtant, avec près de 16.000 membres (*), la grande famille halieutique se porte bien. « Mais il faut rester mobilisés en permanence, prévient Francis Bailly. On est désormais reconnu mais quand on atteint un certain niveau, il faut le maintenir. Il faut répondre aux attentes exprimées qui sont souvent diffuses parfois confuses. Les seniors par exemple souhaitent avoir des accès faciles à l’eau pour pouvoir continuer de s’adonner à leur passion. Il y a des mouvances sélectives (la pêche à la carpe, à la mouche) et les nouvelles tendances (street fishing, float-tube, pêche aux leurres…). Aujourd’hui, quelle que soit la pratique, on peut quasiment répondre à tous les besoins. Les efforts engagés continuent : on cherche un carpodrome, un réservoir pour la pêche à la mouche, et nous restons en quête de grands étangs. »

(*) 15.972 cartes ont été délivrées en 2014 par les 35 AAPPMA (association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques) de la Vienne. Loïc Lejay


SRCE : le manque de bon sens produit l’inverse de l’effet escompté

Le dogme qui plombe la continuité écologique affecte aussi le SRCE (Schéma régional de cohérence écologique). Rien d’anormal : peu ou prou, les auteurs sont les mêmes, avec le même mode manichéen de prétendre reformater la nature.

Pour avoir lu plusieurs de ces copieux dossiers, une constante se dégage : partant d’un bon sentiment environnemental, l’écologie doctrinale est strictement dépourvue de bon sens.

 La démarche des SRCE

  • Privilégier le diktat à la place d’une vulgarisation pédagogique,
  • Faire peser des contraintes supplémentaires au lieu de prévoir des mesures incitatrices,
  • Edicter des prescriptions théoriques ne faisant pas appel à des techniques éprouvées (manque de professionnalisme dans les itinéraires techniques des remèdes conseillés)

Ces lacunes dans la démarche et le manque de bon sens dans la mise en œuvre rendent ces gros dossiers incompréhensibles, indigestes et dispendieux.

 L’acceptation sociale

En l’état des choses, il n’y a rien d’étonnant  à ce que le SRCE ne recueille pas l’acceptation des professionnels, ni des propriétaires impactés, ni des élus qui finissent par devenir suspicieux quand on leur expose que la route entre Montmorillon et La Trimouille serait un « obstacle » alors qu’il s’agit d’un axe de liaison depuis des siècles.

 

Nous reproduisons ci-dessous un article qui illustre l’inadéquation du triptyque entre une forme de dictature écologique de bureau, le nécessaire changement de nos pratiques…et à quel prix ?

 

Vienne – Montmorillon – Environnement

NR_logo

La CCM refuse sa mise sous cloche écologique

24/04/2015 

Trimuoille   La route de Montmorillon à La Trimouille, désignée comme obstacle à la continuité écologique, à la surprise des élus.

D’une complexité frôlant le risible, le Schéma régional de cohérence écologique présenté à la CCM n’a même pas convaincu les élus les plus verts.

Jamais entendu parler du Schéma régional de cohérence écologique ? La plupart des élus de la communauté de communes du Montmorillonnais (CCM), pourtant chargés d’émettre un avis sur cette future réglementation, l’ont eux-mêmes découvert mercredi soir. Patrick Sanchez, le directeur du Scot Sud Vienne avait la difficile mission de leur brosser en moins d’une heure les enjeux de ce programme complexe, déclinaison locale des décisions européennes et nationales en matière de protection de l’environnement. L’idée générale est de préserver les liens entre les zones naturelles.

« L’impression d’arriver sur une autre planète« 

Dans le Montmorillonnais, il s’agit notamment de « préserver le bocage, limiter l’intensification de l’agriculture, la mutation des prairies en surfaces céréalières, interdire l’arrachage de haies ». Jusque-là, la « trame verte » du « SRCE » a tout bon pour la plupart des élus. Mais « la trame bleue », qui prévoit de supprimer les seuils et les barrages de rivières ne passe pas. Et encore moins la « lutte contre la fragmentation des milieux » qui veut limiter « l’urbanisation et les infrastructures de transport ».
« On a l’impression d’arriver sur une autre planète », avoue le maire de Coulonges, Raymond Gallet. D’autant que certains points ont suscité une incompréhension amusée, quoique crispée. Comme le classement « zone de conflit » de la route Montmorillon – La Trimouille. Rien à voir avec les chars du RICM qu’on y croise régulièrement : le SRCE voit dans cette route une barrière difficilement franchissable pour les espèces animales, entre la réserve boisée du camp militaire et les « couloirs de biodiversité » identifiés plus au nord. Plusieurs délégués du secteur ont signalé que les sangliers traversent facilement, au grand dam des automobilistes et des agriculteurs.
« Les élus sont favorables à la trame verte (les haies) mais ils ont des craintes que la protection des espèces se fasse en contraignant le développement économique, avec les impossibilités de construire », résume prudemment Gisèle Jean, vice-présidente chargée de débroussailler le dossier avant la séance, observant que le schéma « ignore totalement la LGV » et le doublement bien plus désiré de la nationale 147. « Le document ne parle pas du tout non plus des insectes pollinisateurs », complète Patrick Sanchez.
Et le président Yves Bouloux d’ouvrir le feu : « Les objectifs sont acceptables sur la trame verte, d’autant que la CCM contribue au soutien de l’élevage. Mais nous sommes sous-équipés en infrastructures de transport et là on nous dit qu’il y en a trop? On a un très gros souci! » « Et on n’a qu’un pouvoir consultatif, déplore Jean-Pierre Tabuteau (Saint-Léomer), tout arrive d’en haut, on informe le moins possible les élus. »
Ses voisins envisagent les tracasseries à venir : « Qui va payer pour aménager des passages dans les routes? » (Yves Jeanneau, Béthines), « les communes devront-elles toutes synchroniser leurs PLU? » (Jean-Marie Rousse, Saint-Savin). En faisant du Montmorillonnais un « réservoir de biodiversité » où les constructions seront limitées, « le rural devient la zone de loisir de l’urbain » s’agace Jean-Marie Batlle (Mouterre-sur-Blourde). « Dans la Brenne, des communes ont perdu leur population et leurs activités, veut-on la même chose dans le Montmorillonnaisse demande Raymond Gallet. Qu’on nous le dise: on vend tout et on arrête! »
A l’issue de ce débat, le sort du SRCE était scellé. Six élus ont bien proposé un avis favorable, accompagné d’épaisses réserves. Mais la grande majorité des délégués, dont le président, a émis un avis défavorable, préalable à l’enquête publique, rejoignant de nombreuses communautés de communes de la région qui se sont déjà penchées sur le sujet.

Sébastien Kerouanton        http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Environnement/n/Contenus/Articles/2015/04/24/La-CCM-refuse-sa-mise-sous-cloche-ecologique-2306846

 


Continuité écologique et restauration morphologique des rivières : 20 études scientifiques face aux croyances et omissions d’Etat

La France, déjà condamnée par l’Europe parce qu’elle n’applique pas correctement les Directives nitrates et ERU, s’enferre dans le dogme de la destruction des moulins et usines à eau sous couvert de « continuité écologique ».

Sans aucune acceptation sociale, avec l’opposition quasi unanime des acteurs concernés, pêcheurs compris et des remous de plus en plus fréquents chez les élus peu convaincus, il ne se passe plus une semaine sans que la presse locale ne fasse écho à cette grogne générale.

Un nombre croissant d’études scientifiques montre pourtant que les mesures imaginées ont une efficacité limitée (voire nulle) pour un coût considérable.

En voici une synthèse (provisoire), à diffuser sans modération auprès des acteurs concernés : DDT, Onema, Dreal, syndicats de rivière et PNR, commission locale de l’eau des SAGE, comité de bassin des Agences de l’eau, élus, associations, etc.

Jusqu’au Ministère bien sûr, où Mme Ségolène Royal assure qu’elle désapprouve l’écologie tracassière et dépensière, mais qui laisse dériver sa Direction de l’eau dans l’application d’un dogme ruineux…qui n’améliore en rien la qualité de l’eau.

 

Il semblerait que notre recension du travail de Van Looy et al. 2014 aurait été évoquée jusqu’à la Direction de l’eau du Ministère de l’Ecologie. Aurions-nous mal interprété ce texte ? Ce n’est pas impossible, et nous n’aurions aucune difficulté à le reconnaître si un débat montrait nos erreurs. Toutefois, Van Looy et al 2014 n’est pas un texte isolé dans la littérature scientifique. La restauration écologique des rivières, et en particulier l’effacement des barrages ont débuté dès les années 1970 aux Etats-Unis à la suite du Clean Water Act (USA Federal Water Pollution Control Act Amendments, 1972). En Europe, la directive-cadre européenne 2000 (DCE 2000) a imposé des mesures de qualité chimique et écologique dont on commence seulement, à compter des années 2010, à analyser la structure et modéliser la cohérence. Il existe donc un premier retour d’expérience nord-américain, et un début d’analyse systématique en Europe.

Ci-dessous, nous publions des résumés en français et les liens de 20 études scientifiques récentes (2005-2015). Ces études suggèrent que :

  • il n’existe à ce jour aucun consensus dans la communauté scientifique internationale sur le poids exact des facteurs de dégradation des rivières, sur les causes anthropiques ou naturelles de variabilité des indices biologiques des milieux aquatiques ni sur les choix optimaux de leur restauration ;
  • les opérations de restauration écologique / morphologique des rivières souffrent d’un manque général de préparation scientifique dans leur programmation, de suivi scientifique dans leurs effets, d’analyse coût-avantage ou coût-efficacité ;
  • dans les cas où le suivi est réalisé, on observe une efficacité faible à nulle de ces opérations (voire des effets négatifs parfois), en particulier à l’échelle des tronçons (au-delà des effets prévisible sur le seul périmètre du site restauré, qui ne représente généralement pas grand-chose par rapport au linéaire total de la masse d’eau) ;
  • il existe en particulier quelques solides raisons de penser que les opérations de restauration morphologique ne permettront pas d’atteindre le bon état écologique au sens de la DCE 2000, et exposeront notre pays à des condamnations en raison des retards que nous prenons d’ores et déjà ;
  • une politique fondée sur la preuve scientifique, et non l’improvisation en fonction du poids des lobbies et des modes du moment, exigerait une modélisation des différents impacts anthropiques aux différentes échelles (sites, tronçons, bassins versants) afin de prioriser les actions et d’anticiper leurs résultats ;
  • les seuils et barrages en particulier (obstacles à la continuité écologique longitudinale) ont une corrélation faible à nulle avec les indices de biodiversité à l’échelle des tronçons et bassins versants ainsi qu’avec les indices de qualité piscicole, ce qui n’exclut pas des influences localement fortes ;
  • les premiers facteurs d’impact sur la qualité chimique et écologique des rivières sont dans la plupart des études quantitatives les pollutions (agriculture intensive, assainissements défaillants, rejets industriels) et les changements d’usage des sols (urbanisation, déforestation, agriculture), les indices de qualité biologique de la DCE 2000 se montrant beaucoup plus sensibles à ces variables. A quoi s’ajoute le facteur de premier ordre à long terme, le réchauffement climatique (non étudié dans cette revue).

En conséquence, nous maintenons que :

  • la politique française de continuité écologique, édictée en absence de concertation démocratique comme de contrôle parlementaire et d’évaluation scientifique indépendante, représente une dépense considérable d’argent public n’ayant que peu d’effets probables sur nos engagements européens en matière de qualité de l’eau ;
  • cette politique est une tragédie pour le patrimoine historique des moulins et usines à eau et une absurdité à l’heure où la transition énergétique commanderait d’équiper ces moulins et usines au lieu de les détruire ;
  • cette politique, décidée pour l’essentiel en comités fermés, doit faire l’objet d’une enquête parlementaire puisqu’elle représente une dérive antidémocratique manifeste en même temps qu’elle a déjà abouti à de multiples condamnations de la France pour non-respect de toutes les directives (dont certaines plus anciennes) de protection de la ressource en eau ;
  • les instruments de cette politique, en particulier les SDAGE en cours de consultation publique, doivent être dénoncés s’ils n’intègrent pas l’état réel de nos connaissances, s’ils manquent d’analyse coût-efficacité réelle de la dépense publique pour l’eau et s’ils persistent en particulier à subventionner généreusement la scandaleuse destruction des ouvrages hydrauliques en rivière alors que les subventions pour les mises aux normes sont dérisoires.

Il est temps d’engager une redéfinition complète de la gouvernance, des objectifs et des méthodes du volet morphologique des politiques de restauration du bon état des rivières. Et déjà de prononcer un moratoire à effet immédiat sur l’application du classement des cours d’eau, dont l’effet est de menacer l’existence de près de 20.000 ouvrages hydrauliques sur nos territoires et de modifier des écoulements sans aucune certitude quant à l’absence de risques pour les personnes, les biens et les milieux en aval.

2005-2015 : 20 études sur la continuité écologique et la morphologie en lien à la dégradation ou à la restauration des rivières

 

Palmer MA et al (2005), Standards for ecologically successful river restoration
Dans cet article très cité de la littérature, les auteurs soulignent que la restauration écologique des cours d’eau est un outil de plus en plus apprécié des gestionnaires, et que des milliards de dollars (aux Etats-Unis) sont dépensés pour les rivières et fleuves depuis les années 1980. Mais ils pointent le défaut manifeste de suivi scientifique, de protocole normalisé de mesure et d’accord entre expert sur la définition d’un succès écologique. Sans l’adoption de standards partagés, il n’y aura pas de progrès dans la pratique de restauration écologique.
Journal of Applied Ecology, 42, 2, 208-217

Doyle MW et al (2005), Stream ecosystem response to small dam removal: Lessons from the Heartland
Les auteurs analysent l’effet des suppressions de petits barrages sur la végétation rivulaire, les poisons, les macro-invertébrés, les moules et la dynamique des nutriments. Ils discernent deux trajectoires : une restauration totale des écosystèmes, qui reste « improbable dans beaucoup de cas » et demande diverses échelles de temps selon les groupes concernés ; une restauration partielle tenant au fait qu’il existe d’autres impacts sur le bassin versant ou que les barrages ont modifié durablement l’équilibre local. Selon cette étude, gestionnaires et chercheurs devraient étudier avant tout effacement de barrage le potentiel réel de restauration afin d’évaluer correctement le bénéfice écologique pour chaque communauté de l’écosystème.
Geomorphology, 71, 1-2, 1, 227-244

Lejon AGC et al (2009), Conflicts associated with dam removal in Sweden
La suppression des barrages peut être motivée par la sécurité, la réglementation, l’écologie ou l’économie. Mais les auteurs soulignent que ces opérations sont controversées. Analysant 17 projets en Suède, ils montrent que trois critères sont à prendre en considération dans l’opposition aux effacements : le financement, les valeurs historiques ou culturelles, les espèces mises en danger. Ils en concluent que toutes les parties prenantes doivent être associées et informées, des solutions de compromis étant souvent l’issue de choix.
Ecology and Society, 14, 2, 4

Palmer MA et al (2010), River restoration, habitat heterogeneity and biodiversity: a failure of theory or practice?
Les auteurs étudient le présupposé central des opérations de restauration écologique de rivière selon lequel l’hétérogénéité des habitats (facteur morphologie) régule la biodiversité. Analysant 78 opérations de restaurations menées par 18 groupes indépendants, les auteurs montrent que 2 seulement permettent de conclure de manière robuste à une amélioration significative de la biodiversité (analyse des macro-invertébrés).
Freshwater Biology, 55, s1, 205-222

Bernhardt ES et Palmer MA (2011), River restoration: the fuzzy logic of repairing reaches to reverse catchment scale degradation
Les deux chercheurs montrent, à travers une synthèse de la littérature, que la restauration de rivière est une pratique ayant connu une croissance exponentielle depuis quelques décennies, mais n’ayant pas évalué ses propres objectifs ni leur succès, soit individuellement soit cumulativement. Si les chenaux traités ont moi d’incision et plus de sinuosité que les chenaux dégradés, les facteurs physiques, chimiques et hydrologiques responsables de la perte des taxa d’intérêt à l’échelle du bassin versant ne sont pas traités pour autant.
Ecological Applications, 21, 1926-1931

Jähnig SC et al (2011), River restoration success: a question of perception
Le succès de la restauration écologique est affaire de perception : objective quand il s’agit de paramètres quantifiés (mesures de qualité) ; subjective quand on parle d’esthétique du paysage ou de valeur récréative. Arès étude de 26 projets de restauration en Allemagne, les auteurs soulignent que si les paramètres morphologiques sont améliorés, les résultats sur les populations de poissons ou les invertébrés benthiques sont moins probants. Ainsi, 40% des répondants à leur enquête admettent que le succès est une affaire de goût, et 45% seulement des objectifs de la restauration dont l’objet d’une mesure. Ce manque de mesure objective implique pour les chercheurs une incapacité à évaluer l’efficacité réelle des interventions morphologiques.
Ecological Applications, 21, 2007-2015

Louhi P et al (2011), Twenty years of stream restoration in Finland: little response by benthic macroinvertebrate communities
Les opérations visant à restaurer des habitats pour salmonidés dont fréquentes en Finlande, mais leur suivi scientifique est pauvre, et plus pauvre encore pour les espèces qui ne sont pas directement visées par la restauration. Une analyse before-after-ontrol-impact (BACI) à 3 ans avant / 3 après et une étude témoin à 20 ans montrent que l’impact de la restauration des habitats sur les communautés d’invertébrés est faible, et parfois négatif. Pour les chercheurs, ce résultat peut s’expliquer en partie par les caractéristiques propres des cours d’eau finnois. Néanmoins, ils insistent sur la nécessité d’une analyse plus rigoureuse de la biodiversité en cours d’eau ou rives restaurés.
Ecological Applications, 21, 1950-1961

Wang L et al (2011), Effects of dams in river networks on fish assemblages in non-impoundment sections of rivers in Michigan and Wisconsin, USA
Cette étude, réalisée dans le contexte nord-américain, est notamment intéressante par le nombre de tronçons concernés (690 dans le Michigan et 537 dans le Wisconsin) ainsi que le nombre de barrages retenus (1553 dans le Michigan, 3662 dans le Wisconsin), l’exclusion des tronçons ayant des impacts anthropiques trop manifestes (pas plus de 60% de terres agricoles ni de 10% de terres urbanisées dans le bassin), la précision des descripteurs des ouvrages (nombre total amont et aval, densité sur le linéaire, longueur libre entre deux ouvrages), la diversité des descripteurs des poissons (39 variables au total). Les auteurs trouvent que l’influence des barrages est globalement négative sur l’intégrité et la diversité biotiques. Mais l’information majeure de l’étude est que l’influence des barrages seuls sur les indices est relativement faible. La variance expliquée des populations piscicoles est de 16% pour l’intégrité biotique et 19% pour les préférences d’habitat. « Sans la prise en compte des co-facteurs d’influence, les évaluations [d’impact des barrages] seront inadéquates et induiront potentiellement en erreur ».
River Research and Applications, 27, 4, 473-487

Marzin A et al (2012), Ecological assessment of running waters: Do macrophytes, macroinvertebrates, diatoms and fish show similar responses to human pressures?
Les auteurs étudient quatre indices de qualité biologique – macrophytes, diatomées, macro-invertébrés, poissons, 93 métriques au total – dans 290 rivières françaises où sont répertoriés des facteurs de dégradation à échelle du tronçon (18 facteurs, quatre classes : qualité chimique, hydrologie, morphologie, présence de retenues). Les auteurs analysent également des facteurs physiographiques qui ne dépendant pas de l’homme (altitude, pente, superficie de bassin versant, etc.). Les résultats montrent d’abord une variabilité des indices de qualité biologiques selon les données physiographiques. La dégradation de la qualité de l’eau est le facteur à plus forte intensité et sensibilité dans la réponse biologique. Les poissons répondent au facteur morphologique, comme les macrophytes et diatomée, mais à partir d’un niveau de dégradation élevée. 55 métriques varient en présence de barrages et retenues, la plupart des métriques piscicoles répondant avec une intensité moyenne (41%). La restauration des cours d’eau implique une mesure préalable et précise des impacts ainsi que de leurs effets combinés (additifs, multiplicatifs ou opposés).
Ecological Indicators, 23, 56-65

Stanrko SA et al (2012), Comparing the fish and benthic macroinvertebrate diversity of restored urban streams to reference streams
Aux Etats-Unis (côte Atlantique), les auteurs analysent 5 mesures de qualité biologique pour les poissons et les macro-invertébrés entre des sites urbains ayant connu une restauration morphologique, des sites urbains non restaurés et des sites naturels en bon état écologique. Ils observent que les sites restaurés et non-restaurés ne présentent pas de différence significative de qualité, et concluent qu’il faut radicalement changer d’approche en travaillant sur les facteurs de dégradation à échelle du bassin versant.
Restoration Ecology, 20, 6, 747-755

Dahm V. et al. (2013), Effects of physico-chemistry, land use and hydromorphology on three riverine organism groups: a comparative analysis with monitoring data from Germany and Austria
Les auteurs ont sélectionné 2302 sites de mesure en Allemagne et en Autriche, qui présentent des résultats assez cohérents pour permettre l’analyse des populations de poissons (n=713), de macro-invertébrés (n=1753) et de diatomées (n=808). Les sites en question ont été subdivisés en rivières de plaine et rivières de montagne. L’indice multimétrique prédictif utilisé pour la faune piscicole est l’EFI + (European Fish Index). Au sein de l’EFI+, onze facteurs sont pris en compte Ils indiquent la plus ou moins grande tolérance des espèces à des environnements dégradés. Les chercheurs ont ensuite croisé ces mesures de qualité biologique avec les données disponibles sur quatre causes connues d’impact : l’hydromorphologie, la qualité physico-chimique, l’occupation des sols en rive, l’usage des sols sur le bassin versant. Il en ressort que la corrélation positive avec la dégradation de l’indice est deux à trois fois plus prononcée pour la physico-chimie que pour l’hydromorphologie. « L’excès de nutriment et l’occupation des sols sur le bassin versant sont les deux facteurs de stress discriminant pour tous les groupes d’organisme, dépassant les effets du stress hydromorphologique à l’échelle des sites (…) Nos résultats suggèrent que beaucoup de rivières sont encore considérablement affectées par l’excès de nutriments (eutrophisation), ce qui peut être directement relié à l’usage des sols sur leur bassin versant ».
Hydrobiologia, 704, 1, 389-415

Joergensen D et Renoefält B (2013), Damned If You Do, Dammed If You Don’t: Debates on Dam Removal in the Swedish Media 
Les deux chercheuses suédoises ont analysé les débats autour de la suppression des barrages dans quatre villes de leur pays (Alby, Hallstahammar, Orsa et Tallaesen). Leur principale conclusion est que l’opposition à l’effacement des ouvrages hydrauliques ne résulte pas d’un manque de connaissances, c’est-à-dire d’une ignorance sur les effets environnementaux. Plus simplement, les gens ne valorisent pas la même chose : les partisans de l’effacement accordent une grande importance au retour de rivières naturelles,  ce qui inclut aussi l’intérêt pour certaines formes de pêche ; les opposants apprécient la dimension esthétique et historique des barrages, ainsi que les activités rendues possibles par leurs retenues.
Ecology and Society, 18, 1, 18.

Lorenz AW et Feld CK (2013), Upstream river morphology and riparian land use overrule local restoration effects on ecological status assessment
Les chercheurs étudient 46 projets de restauration de rivières à la lumière de l’influence amont sur le bassin versant. Trois critères sont pris en compte, l’état des berges, la qualité physique de l’habitat sur différentes longueurs de linéaire amont, l’usage des sols sur l’ensemble des bassins versants. Les indicateurs de réponse biologique concernent les macrophytes, les macro-invertébrés et les poissons. Leur résultat : l’influence du bassin amont est prépondérante par rapport aux améliorations locales des sites ou des tronçons. Poissons et invertébrés répondent au maintien des forêts en amont, et la qualité physique de l’habitat sur les 5 km au-dessus de la restauration présente un fort lien avec la bonne santé biologique. Leur conclusion : une restauration écologique de site a de grand risque d’être un échec sir le bassin versant amont est toujours dégradé.
Hydrobiologia, 704, 1, 489-501

Marzin et al (2013), The relative influence of catchment, riparian corridor, and reach-scale anthropogenic pressures on fish and macroinvertebrate assemblages in French rivers
Sur 301 sites français les auteurs analysent des données 2005-2008 sur l’environnement naturel, l’usage des sols bassin versant et tronçon, les modifications anthropiques et les populations (poissons, macro-invertébrés). A échelle du tronçon, la variabilité des communautés biologiques est liée à une retenue ou la qualité de l’eau. A échelle plus large sur la bassin versant, elle est associée au gradient entre forêts et terres agricoles. Une proportion large de la variabilité à toutes échelles est due à des interactions entre facteurs (40%) et à la variabilité naturelle (30%). L’usage des sols sur le bassin versant reflète mieux la qualité locale de l’eau que les dégradations hydromorphologiques. La compréhension et la gestion des rivières demandent des analyses plus fines de l’interaction des facteur anthropiques à différentes échelles spatiales.
Hydrobiologia, 704, 1, 375-388

Sundermann A et al (2013), Stressor prioritisation in riverine ecosystems: Which environmental factors shape benthic invertebrate assemblage metrics?
Les chercheurs ont analysé les communautés d’invertébrés benthiques dans 83 site (25 métriques) et ont sélectionné sur ces sites 27 facteurs environnementaux (10 sur la qualité de l’eau, 4 sur l’usage des sols en bassin versant, 10 sur la qualité de l’habitat au niveau des sites). Des modèles en régression linéaire simples et multiples montre que la qualité de l’eau et les usages des sols du bassin versant sont les principaux paramètres de dégradation, en particulier oxygène, chlorure, carbone organique total, niveau de terres artificialisées et/ou arables. Les critères relatifs à l’habitat ou à la morphologie sont de moins bons prédicteurs de dégradation. Conclusion des chercheurs : restaurer l’habitat au niveau local (site, tronçon) peut produire un faible rapport coût-bénéfice car les facteurs de dégradation concernent d’abord les bassins versants et la qualité de l’eau.
Ecological Indicators, 27, 83-96

Verdonschot PFM et al (2013), A comparative review of recovery processes in rivers, lakes, estuarine and coastal waters
La DCE 2000 impose l’atteinte du bon état écologique des rivières, ce qui implique de connaître la réponse des communautés aquatiques après les mesures de restauration. Analysant les typologies de masses d’eau (rivières, lacs, eaux de transition et côtières), les auteurs remarquent que peu d’études répertorient les connaissances écologiques nécessaires au succès des opérations d’amélioration des milieux. Les facteurs majeurs de dégradation sont la croissance de population humaine, ainsi que les changements d’usage des sols et des eaux. Les points critique pour la restauration sont souvent le manque de données, le fait que ces données sont spécifiques (à un site, un ensemble d’organismes, une période de temps), le délai très variable d’effet des opérations de restauration.
Hydrobiologia, 704, 1, 453-474

Morandi B. at al (2014), How is success or failure in river restoration projects evaluated? Feedback from French restoration projects
Les auteurs ont analysé 44 projets français de restauration des rivières incluant une procédure d’évaluation. Leurs résultats montrent que la qualité de la stratégie d’évaluation reste souvent trop pauvre pour comprendre correctement le lien entre projet de restauration et changement écologique. Dans de nombreux cas, les conclusions tirées sont contradictoires, rendant difficile de déterminer le succès ou l’échec du projet de restauration. Les projets avec les stratégies d’évaluation les plus pauvres ont généralement les conclusions les plus positives sur les effets de la restauration. Recommandation des chercheurs : que l’évaluation soit intégrée très tôt dans le projet et qu’elle soit fondée sur des objectifs clairement définis.
Journal of Environmental Management, 137, 178-188

Nilsson C et al (2014), Riparian and instream restoration of boreal streams and rivers: success or failure?
Pour évaluer l’efficacité des opérations de restauration morphologique, les chercheurs scandinaves ont sélectionné 18 études de rivières présentant le même profil. Les facteurs pris en compte ont été la réponse abiotique (complexité / rugosité de l’écoulement vitesse de l’eau, capacité de rétention sédimentaire) et la réponse biotique (poissons, macro-invertébrés, végétation aquatique et rivulaire). Le temps de réponse du milieu allait de 1 mois à 24 ans dans ces études. Résultat : la majorité des études constatent un effet abiotique c’est-à-dire un changement dans la dynamique et la morphologie (vitesse plus lente de l’eau, écoulements plus variés, rugosité plus forte du lit, etc.). Mais la réponse du vivant est beaucoup moins évidente : une seule étude sur 8 montre un résultat sur les invertébrés ; une sur 5 une réponse positive des populations piscicoles ; la végétation est un peu plus « répondante » avec 2 succès sur 4.Sept pistes de travail sont proposées pour comprendre les échecs : objectifs de restauration trop médiocrement définis; facteurs limitants des populations cibles trop mal connus ou pris en compte ; méthodes standardisées de suivis et mesures non prévues (ou non respectées) ; espèces choisies non représentatives / indicatives des communautés d’intérêt ; pools de population susceptibles de recoloniser le milieu non présents à taille critique ; temps écoulé depuis la restauration trop court ; retour à l’équilibre biotique déjà réalisé (populations présentes au moment de la restauration à l’optimum des sites concernés).
Ecohydrology, doi: 10.1002/eco.1480

Van Looy K et al (2014), Disentangling dam impacts in river networks
Dans le bassin de Loire, les auteurs ont sélectionné un réseau de 17.000 km de linéaire, divisés en 4930 segments homogènes du point de vue géomorphologique. Sur ces 4930 points d’étude, les auteurs ont estimé les impacts à partir du référentiel SYRAH sur les pressions hydromorphologiques d’origine anthropique et naturelle, et de la banque de données CORINE sur les usages des sols. Plus particulièrement, les trois chercheurs ont utilisé le ROE (Référentiel des obstacles à l’écoulement) de l’Onema afin de construire un modèle fin d’impact des seuils et barrages : plus de 5500 de ces obstacles à l’écoulement sont présents sur le linéaire étudié. Du côté des indicateurs biologiques, Van Looy, Tormos et Souchon ont utilisé deux métriques : l’Indice Poissons Rivières (IPR), qui mesure la qualité piscicole, et l’Indice Invertébrés Multimétrique (I2M2), qui mesure la réponse des invertébrés (mollusques, bryozoaires, amphipodes, trichoptères, plécoptères, etc.) aux pressions. Le score global IPR ou I2M2 ne montre aucune corrélation significative (p<0.05) avec la densité locale de barrages. La corrélation n’apparaît qu’avec l’échelle supérieure de densité régionale (sur le bassin versant). La variance globale des scores (R2) n’est que faiblement associée à la densité des barrages : 25% pour les macro-invertébrés, mais 12% seulement pour les poissons. Au sein des indices, les métriques de la biodiversité (NTE et DTI pour l’IPR, indice de Shannon et richesse taxonomique pour l’I2M2) ne répondent pas à la présence des barrages par des variations significatives. Au sein de l’IPR, ce sont les espèces rhéophiles et lithophiles qui expliquent l’essentiel de la réponse observée (12%).
Ecological Indicators, 37, 10-20 

Villeneuve B et al (2015), Can we predict biological condition of stream ecosystems? A multi-stressors approach linking three biological indices to physico-chemistry, hydromorphology and land use
Les auteurs ont développé un modèle explicatif et prédictif de l’état des masses d’eau. Pour cela, les auteurs ont pris en considération trois échelles spatiales : le bassin versant, le tronçon (partie du linéaire ayant une cohérence hydrologique) et le site. A chaque échelle spatiale, ils ont mobilisé des bases de données existantes pour intégrer des informations sur les pressions, les usages des sols, les altérations morphologiques et les mesures physico-chimiques. En face de ces données d’impact, les scientifiques ont collecté sur 1100 sites répartis dans les 22 hydro-éco-régions françaises des mesures de qualité biologique (2008-2009) : macro-invertébrés (indice I2M2), diatomées (indice IBD) et poissons (indice IPR+). L’ensemble des variables de pression explique 41% de la variabilité de l’I2M2, 26% de la variabilité de l’IBD2007 et 24% de la variabilité de l’IPR+. Le profil de réponse est similaire pour les 3 indices. En termes d’intensité de la réponse, les variables physicochimiques ont les plus hauts coefficients, suivi par les variables d’usages des sols et, finalement, les variables hydromorphologiques. Les variables à effet négatif sur les trois indices sont : les concentrations de nutriments et matières organiques, l’urbanisation et la proportion d’agriculture intensive dans le bassin versant. La densité de barrage en particulier n’est qu’en 13e position des facteurs explicatifs de la variance des indicateurs piscicoles.
Ecological Indicators, 48, 88-98